dimanche 18 avril 2010

N.D.Lay's movies


C'est O'Flaherty qui a découvert le truc. Dans une pile de vieux
Outsider tirée des archives papier de l'International Spy Foundation . Un rayon un peu désuet, consacré aux revues subversives particulièrement surveillées par le gouvernement fédéral. L'irlandais, toujours au taquet sur la réputation de la maison a tenu à préciser: "Attention, il ne s'agissait pas de travailler pour le gouvernement mais d'un projet interne strictement destiné à archiver les renseignements dans un but de conservation." Je ne sais toujours pas si le directeur du département de cryptologie est passé maître dans l'utilisation de la vaseline ou s'il peut être considéré comme le dernier des croyants. Pour découvrir ce genre de pépite je suis de toute façon prêt à avaler n'importe quelle saloperie de lubrifiant. C'est une nouvelle écrite par Jimmy Jones dans un numéro dédié au maître de N.D.Lay. Un hommage. Un peu grossier mais bien ficelé. Je l'ai lu avec une certaine tendresse comme on regarde un vieux film en super huit .

La nuit tombait. J'étais assis dans un bar à N.D.Lay , près d'illégal Boulevard. Un truc clinquant rempli de vieux hippies et de jeunes trous du cul cravatés. Je venais de terminer une lecture poétique dans un tout autre endroit rempli d'un tout autre genre de gens mais tout aussi trous du cul et cravatés. Le cirque habituel : le vieux Jimasky éructe son désespoir et son mal de vivre. Le barman s'est approché de moi. J'ai reconnu Joe Ghidetti. Un type que j'avais rencontré il y a une vingtaine d'années dans les bars de la Western Avenue.
« Ce vieux Jim, qu'il m'a dit, paraît qu't'es venu montrer ton cul aux morveux de l'université.
- Le cirque habituel, j'ai répondu.
- Dis moi Jim, tu dois connaître un tas de types bien placés à Végas, hein vieux frère.
J'ai jamais été son vieux frère ni le vieux frère d'aucun connard de la Western Avenue.
« Laisse tomber Joe »
Il agrippa mon poignet de sa main poisseuse et approcha son visage du mien. Il dégoulinait de sueur.
« On sait c'que c'est, à Végas, pas vrai. Copain et compagnie. Tout être humain a l'droit à sa chance, pas vrai Jim ? J'ai un numéro à t'montrer. Un numéro un peu spécial. Ca devrait leur plaire à Végas»
Le mec me dégoûtait. Sa bouche sentait le vomi. Mais il avait raison : tout être humain a le droit à sa chance.
« Allez, déballe ta camelote, j'ai dit.
- Pas ici. Amène toi chez moi, ce soir à 8h. C'est au bout d'la rue. Au dessus du chinois. Y'aura d'la bière et du whisky. Comme au bon vieux temps, n'est-ce pas vieux frère ? »
Je l'ai saisi au colbac et j'ai serré de toutes mes forces. Sa gueule de rata commencé à virer au mauve.
« J'suis pas ton vieux frère connard ».
J'ai laché la pression et lui ai adressé mon plus beau sourire.
«A huit heure chez toi. Comme au bon vieux temps, hein Joe ? »

J'ai monté les escaliers à huit heures tapantes. Qu'est-ce qui clochait chez moi. J'aurais pu finir la nuit avec une de ces pisseuses de l'université. Une soirée baise et littérature avec une fille de la haute. Elle m'aurait pompé le noeud. . J'aurais déclamé quelques vers du grand Jeffers et raconter mon combat de boxe avec Hemingway. On aurait fini au plumard. Le vieux Léon Jimasky aurait trempé son poireau dans un jeune corps souple et bronzé., passé sa nuit à ramoner la chatte d'une étudiante férue de littérature. Je bandais comme un âne. Je frappai à la porte. Joe vint m' ouvrir. On aurait dit qu'il avait vu le père-noël. Ca me calma aussi sec. Ce cinglé sautait sur place. Il gueulait :

- «Nom de dieu de bordel de merde, il est venu ! il est venu, nom de dieu, il est venu ! ».
Derrière lui se tenait une fille brune d'environ vingt cinq ans. Elle avait du noir autour des yeux et de long cheveux enserrés dans un bandeau violet.
Elle semblait avoir sa dose.
« Kicéça , que j'demande.
- Rien, une beatnik. Elle a un peu forcé sur la bibine, je crois.
- La bibine mon cul, j'ai répondu, elle est raide défoncée cette gamine.
Joe s'était approché de la fille. Il me regardait avec des yeux révulsés. Ce type était complètement dingue. Avant que j'ai pu faire un geste, il avait sorti un cutter et l'appuyait sur la gorge de la petite camée. Il continuait de me regarder.
« Pas vrai Léon qu'il vont aimer ça, à Végas. Un happening, comme ils disent les morveux de l'université. J'vais égorger cette petite salope, là, devant toi, Jimasky. Une oeuvre d'art. Mieux qu'tes poèmes de merde, pas vrai ?
L'ordure s'approchait de moi. Il avait fait une sale erreur. J' ai pivoté doucement sur le côté et j'ai pensé au vieil Hemingway. Je lui ai balancé un crochet du droit, juste au creux des reins. Il a lâché le cutter et la fille. J'l'ai terminé d'un uppercut du gauche. Joe Ghidetti s'est écroulé sur la moquette. J'ai poussé la fille vers la porte. Elle chialait.
Je suis resté un bon moment dans l'appartement. Joe avait tiré les rideaux
et allumé quelques bougies. Sûr qu'il aurait fait un tabac. A North Beach ou à Greenwich village. J'ai fini par sortir. La petite camée m'attendait en bas. Elle m'a souri. J'ai laissé tombé toute considération artistique. Je bandais à nouveau comme un âne.


2 commentaires:

Cécile D. a dit…

Pitaing! il assure grave Jimmy Jones côté plume!

L'écrivain a dit…

Jimmy Jones avait commis là une sorte d'hommage pastiche au grand Rimasky.